- Methodes d’évaluation
- Processus d'évaluation
- Genre
- Humanitaire
- Suivi et évaluation
- Approches participatives
Depuis des décennies, l’évaluation joue un rôle central dans la mesure des progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Pourtant, malgré les efforts, les politiques et les programmes mondiaux visant à faire progresser les droits des femmes et des filles, ces progrès restent inégaux et, dans certains contextes, ont marqué le pas, voire ont été inversés.
Cela soulève une question importante: Évaluons-nous l’égalité entre les femmes et les hommes d’une manière qui reflète adéquatement les réalités vécues par les personnes les plus touchées par les inégalités?
De nombreuses évaluations axées sur le genre restent façonnées par des approches qui traitent souvent les femmes et les groupes marginalisés comme bénéficiaires, personnes interrogées ou informateurs plutôt que comme des détentrices de savoir et des actrices actives du changement. Bien que ces approches puissent partir d’une bonne intention, elles peuvent involontairement négliger les systèmes de pouvoir plus profonds qui façonnent la vie et les expériences des personnes. En conséquence, l’évaluation peut parfois nous indiquer si un changement s’est produit sans pour autant nous aider à comprendre pourquoi ce changement a été possible, quels intérêts ont été servis ou qui a été laissé pour compte.
Dans un article à paraître, coécrit avec des collègues de l’ensemble des pays du Sud, nous examinons cette question sous un angle féministe. En nous appuyant sur des expériences menées en Amérique latine, en Asie du Sud et au Moyen-Orient, nous remettons en cause les hypothèses conventionnelles concernant l’évaluation axée sur le genre et examinons comment le pouvoir, la participation, le savoir et la transformation sont appréhendés dans différents contextes.
L’un des arguments centraux de notre article est que le travail sur le genre dans les pays du Sud ne peut être dissocié des forces historiques et structurelles qui le façonnent. Les héritages coloniaux, le patriarcat et les hiérarchies sociales profondément ancrées ont encore une influence forte sur quelles voix sont entendues, quelles opportunités sont élargies et quelles expériences restent invisibles. Toute évaluation qui néglige ces réalités risque de donner une image incomplète du changement.
Plutôt que de traiter le genre comme une simple variable à mesurer, l’article soutient qu’une évaluation transformatrice en matière de genre nécessite une compréhension plus approfondie des systèmes, des structures et des relations qui façonnent la vie des personnes.
Trop souvent, les évaluations axées sur le genre abordent des questions telles que le pouvoir, la participation, l’éthique et l’inclusion de manière isolée et fragmentaire. Notre article comble donc cette lacune en proposant un cadre décolonisé plus global pour les pays du Sud, qui rassemble ces dimensions interdépendantes. Conçu pour aider les évaluateurs et les décideurs à repenser les notions de genre, de pouvoir et de justice sociale, il s’appuie sur les expériences des pays du Sud et vise à dépasser l’inclusion symbolique pour aller vers des pratiques d’évaluation plus significatives et transformatrices.
L’approche proposée repose sur cinq domaines interdépendants: le pouvoir, l’intersectionnalité, l’inclusion et la représentation, les approches méthodologiques et l’éthique.
Plutôt que de proposer un modèle rigide, il sert de guide pratique aux évaluateurs pour les amener à réfléchir de manière plus critique aux questions suivantes: quels savoirs sont valorisés, comment les données probantes sont-elles générées, et comment les processus d’évaluation peuvent-ils renforcer ou remettre en cause les inégalités existantes? Fondamentalement, ce cadre encourage des approches d’évaluation davantage ancrées dans le contexte, participatives et axées sur la justice.
L’article s’appuie également sur une série d’exemples concrets qui illustrent comment les évaluateurs expérimentent de nouvelles approches pour appréhender des enjeux complexes tels que les normes sociales, la responsabilité, la participation et le pouvoir. Ces exemples offrent des perspectives pratiques aux évaluateurs qui cherchent à renforcer leur pratique de manière plus équitable, plus ancrée dans le contexte et plus adaptée aux réalités de communautés diverses.
À l’heure où le domaine de l’évaluation est de plus en plus confronté à des questions de décolonisation, d’inclusion et de transformation des systèmes, les perspectives féministes du Sud offrent une occasion importante de repenser non seulement ce que nous évaluons, mais aussi comment et pour qui l’évaluation est menée. Ce débat semble plus important que jamais.
Nous espérons que ce travail contribuera aux discussions en cours sur la justice de genre et la transformation sociale en encourageant les évaluateurs à réfléchir de manière plus critique à la façon dont l’évaluation peut soutenir des formes de changement plus équitables.
Je me réjouis de poursuivre cette conversation avec mes collègues et les praticiens à mesure que ces discussions évoluent.
Détails de l’article:
Titre: L’évaluation sous l’angle du genre: mettre en avant les réflexions et les expériences du Sud global
Co-auteurs: Sonal Zaveri, Amrita Gupta, Sibongile Sithole, Silvia Salinas Mulder, Anuradha Chatterjee et Shyam Singh
Date de publication prévue: août 2026 par JMDE