Publié initialement ici
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) cherche à catalyser les pratiques de suivi, évaluation et apprentissage des systèmes (SEA des systèmes), en collaboration avec la Fondation Gates. À cette fin, le projet Systems MLE project (projet de SEA des systèmes) a vu le jour pour faciliter l'échange de connaissances à travers la recherche, encourager l'apprentissage entre pairs à travers les communautés de pratique et tester les approches à travers des projets pilotes et des expérimentations. Un nouveau guide présentera les étapes concrètes à suivre pour les praticiens et les organisations de développement qui cherchent à appliquer des approches systémiques au SEA.
Cet article relate le travail et l'apprentissage tirés de l'un des projets pilotes de SEA des systèmes. Il met en lumière l'expérience pilote de cartographie des systèmes en Indonésie, le processus et les instruments appliqués ainsi que les principales réflexions sur cette expérience et ses implications plus larges.
«Travailler pour promouvoir le changement nécessite une connaissance fine du contexte local. Cela demande du temps, de l'engagement et du courage et les acteurs locaux ont la légitimité, les relations et la persévérance nécessaires.» (Derbyshire et al., 2018).
En Indonésie, l'initiative «Systems MLE» a noué un partenariat avec le Sustainable Landscape Programme Indonesia (SLPI) pour renforcer la réflexion et les capacités de travail systémiques des partenaires de développement. L'initiative a travaillé en particulier à Sumatra avec Lingkar Temu Kabupaten Lestari (LTKL) et Daemeter.
En se concentrant sur Siak, département (kapupaten) de la province de Riau (voir figure 1 ci-dessous), l'équipe du projet «Systems MLE» a aidé LTKL à renforcer les compétences nécessaires pour faciliter les ateliers de cartographie des systèmes et produire une carte des principaux facteurs et dynamiques systémiques qui affectent la gouvernance à Siak.

Figure 1: Carte montrant la localisation de la province de Riau dans l'archipel indonésien. Siak est l'un des dix départements (et des deux villes) de la province.
L'équipe du projet «Systems MLE» a également fourni des conseils sur la manière d'utiliser la carte afin d'éclairer la conception et l'adaptation des politiques et programmes.
Le produit final (illustré) est disponible à ce lien.
Dans ce cas d'études, nous présentons et analysons la manière dont nous avons abordé ce travail et nos principaux résultats. Dans la section 1, nous présentons ce que nous avons fait. Nous présentons et examinons la valeur perçue de notre travail pour nos partenaires dans la section 2, alors que nous présentons dans la section 3 nos principaux enseignements et résultats. Enfin, dans la section 4, nous tirons quelques conclusions générales qui visent à éclairer plus amplement la pratique du SEA des systèmes.
Avons d'approfondir ces points, la figure 2 fournit une vue d'ensemble de l'évaluation diagnostique des conditions favorables pour le SEA des systèmes menée pour LTKL et Daemeter. L'évaluation a permis à l'équipe du projet «Systems MLE» d'adapter les approches et les pratiques recommandées au contexte du partenaire.

Figure 2: Évaluation diagnostique des conditions favorables pour le SEA des systèmes mené pour LTKL et Daemeter.
1. Ce que nous avons fait
Cette expérience pilote a vu le jour en réponse à une manifestation d'intérêt de la part de Daemeter – l'une des deux principales organisations du SLPI – soutenue par le Siak Pelalawan Landscape Programme (SPLP) – pour expérimenter les méthodes de SEA des systèmes qui pourraient aider les parties prenantes locales à comprendre la dynamique complexe du paysage et à éclairer les efforts locaux de programmation et d'élaboration de politiques.
Durant une mission de terrain à Siak, la cartographie des systèmes a été considérée comme la méthodologie la plus appropriée pour répertorier les nombreux facteurs et dynamiques clés qui interviennent dans le paysage. Avec une prolifération d'initiatives traitant des problématiques apparemment sans rapport entre elles, la cartographie des systèmes permet aux praticiens d'élargir leur champ et d'adopter une vision plus globale de ce qui a lieu dans le paysage. Cela permet d'identifier, de gérer et de suivre les écarts, les synergies et les risques selon une perspective systémique.
Nous avons développé au sein du PNUD la méthodologie CALI (Causality Assessment for Landscape Interventions, évaluation de la causalité des interventions paysagères), qui utilise la cartographie des systèmes et aide les praticiens du paysage en ce sens. À cette occasion, au lieu de conduire le processus à partir du PNUD, nous avons décidé d'investir dans le renforcement des capacités des partenaires locaux pour qu'ils appliquent la méthodologie indépendamment.
Cela a été réalisé selon deux phases principales:
- Une formation initiale complète
- Une expérience pratique d'application de la méthodologie.
Formation initiale complète
Un programme de formation complet a été conçu et dispensé avec le soutien de la System Mapping Academy.
Les participants ont été sélectionnés parmi les membres du personnel du Secrétariat de LTKL, association des gouvernements départementaux impliqués dans la protection de l'environnement et l'amélioration du bien-être de leurs communautés. La décision d'investir dans LTKL était justifiée par (i) sa force de mobilisation à Siak et (ii) sa capacité potentielle à reproduire le processus dans d'autres paysages en Indonésie. Les représentants de SLPA, Daemeter et d'autres coalitions soutenues par le SLPI ont également été invités à participer à l'introduction de la formation.
La participation a couvert les aspects essentiels de la pensée systémique et les méthodes avancées de cartographie et d'analyse des systèmes. Elle a ensuite fourni aux participants des conseils fondamentaux, du matériel pratique et des exercices d'application pour se familiariser avec le processus participatif de cartographie des systèmes.
Expérience pratique d'application de la méthodologie
Les participants ont ensuite été accompagnés par l'équipe du projet «Systems MLE» et la Systems Mapping Academy dans leur formation pour faciliter un processus réel de cartographie des systèmes avec les représentants des principales parties prenantes à Siak. L'objectif était de cartographier les principaux facteurs et dynamiques à considérer pour la gouvernance paysagère environnementale à Siak.
L'implication des différentes parties prenantes, avec différentes expériences et aires de spécialisation, est essentielle pour développer une carte des systèmes solide prenant en compte différentes perspectives et expériences vécues. LTKL a tiré parti du forum multi-acteurs de Siak Hijau pour impliquer les représentants des gouvernements locaux, du secteur privé et des coalitions des organisations de la société civile. Daemeter a également participé au processus en qualité d'expert technique.
L'équipe du projet «Systems MLE» et la Systems Mapping Academy ont aidé LTKL à préparer des sessions de cartographie (en ligne), à organiser toutes les contributions reçues et à les répéter si nécessaire. Ils ont également appuyé l'élaboration de deux produits finaux de communication:
- Une version illustrée de la carte des systèmes résultant de ce processus (fournie également dans la figure 3 ci-dessous)
- Une présentation avec une description des principaux domaines de la carte et des recommandations sur la manière de l'utiliser afin d'éclairer la programmation et l'élaboration des politiques.

Figure 3: Perspective systémique de la gouvernance paysagère environnementale à Siak.
2. Valeur perçue
«Nous avons vraiment apprécié la formation sur la cartographie des systèmes fournie par le PNUD et la Systems Mapping Academy. Elle nous a fourni une méthodologie puissante pour comprendre les défis de développement dans une perspective systémique. Nous avons déjà appliqué la méthodologie au sein de LTKL pour évaluer les opportunités des interventions dans de nombreux départements que nous soutenons et elle s'est révélée extrêmement pertinente».
– Ristika Putri Istanti, Chef du Secrétariat LTKL
Nos deux partenaires locaux ont été très satisfaits de leur expérience du processus CALI. Bien que le calendrier et les ressources n'aient pas permis une utilisation immédiate de la cartographie des systèmes pour éclairer un processus d'élaboration de politiques, le Secrétariat LTKL a déjà fait usage de la carte pour éclairer ses stratégies d'engagement à Siak. Il a également utilisé cette méthodologie pour éclairer sa programmation dans d'autres paysages.
Jimmy Wilopo, qui dirige le travail de Daemeter à Siak, a également décrit le processus comme «pertinent», dans la mesure où «il nous a encouragés à penser globalement, à réfléchir aux éléments clés des systèmes et à leurs relations, et nous a finalement amenés à une compréhension commune des principales dynamiques des paysages».
3. Enseignements et résultats principaux
Le travail sur cette expérience pilote a généré plusieurs réflexions sur la manière de tirer le meilleur parti de la cartographie participative des systèmes. Voici quelques-uns de nos principaux résultats.
Les principales compétences de cartographie des systèmes peuvent être apprises rapidement, avec une bonne formation – après notre formation, il n'a pas fallu beaucoup de temps à LTKL pour se sentir à l'aise dans l'utilisation de nos modèles et pour faciliter le processus de cartographie participative des systèmes. Ils ont même continué et répliqué le processus dans d'autres départements!
Une maîtrise complète demande du temps et de la pratique – bien que nos partenaires aient montré rapidement leur maîtrise de la nouvelle méthode, leur fournir un soutien et des conseils ponctuels a été utile pour régler certains doutes et certaines questions. Nous avons noté qu'il peut falloir plus de temps pour maîtriser la reconnaissance et la dénomination des boucles de rétroaction que pour l'identification des variables et des liens de causalité.
Les fondements de la pensée systémique sont essentiels – comme pour toute méthode de recherche, être clair sur les principes, les objectifs et les hypothèses et les limitations sous-jacentes est au moins tout aussi important que les instruments eux-mêmes. Il s'est révélé avantageux de consacrer une bonne partie du temps de formation pour couvrir les fondements de la pensée systémique et sa valeur pour les processus de développement, avant d'approfondir le contenu technique de cartographie.
Des éléments visuels attrayants sont un plus, mais ils ne sont pas totalement indispensables – nous avons développé une version illustrée de la carte afin d'encourager sa diffusion et son utilisation à des fins de communication. Toutefois, la version brute développée à l'aide de nos modèles était déjà suffisante pour tirer des enseignements qui peuvent éclairer les processus décisionnels.
La facilitation à distance est possible, en cas de ressources limitées – les plates-formes de collaboration en ligne fournissent toutes les fonctionnalités nécessaires pour impliquer les représentants des principales parties prenantes ayant un accès numérique et une connexion internet stable. Bien sûr, si l'accès est un problème (c'est-à-dire s'il est difficile d'impliquer certaines des principales parties prenantes au moyen d'instruments numériques), un atelier en présence est recommandé, et il offrirait tous les avantages complémentaires des séances en face à face. La boîte à outils UNDP CALI est souple et peut être adaptée aussi bien pour des environnements virtuels que physiques.
Nous avons observé des retombées immédiates de la formation, puisque LTKL a immédiatement continué à appliquer le processus (en interne) dans d'autres paysages. Il est plus probable que cela se produise dans des petites organisations, telles que le Secrétariat de LTKL, que dans des organisations plus grandes ou plus bureaucratiques. Mais notre expérience avec LTKL suggère que la cartographie des systèmes peut être rapidement mise à l'échelle et appliquée avec souplesse, parfois dans un contexte multi-acteurs, parfois dans un processus stratégique interne.
4. Conclusions
Cette expérience pilote a démontré qu'avec une formation et un soutien appropriés, les acteurs locaux de développement peuvent rapidement internaliser et appliquer les pratiques de SEA des systèmes de manière judicieuse. L'expérience de LTKL et Daemeter à Siak montre que la cartographie des systèmes est une approche pertinente qui permet aux organisations de comprendre la complexité, d'encourager la collaboration et de mieux adapter leur programmation grâce à une compréhension systémique des réalités locales.
Alors que les défis mondiaux en matière de développement deviennent de plus en plus interdépendants et complexes, la nécessité d'adopter des approches qui vont au-delà de la planification linéaire et des interventions isolées est de plus en plus reconnue. Cette expérience pilote suggère que les instruments tels que CALI peuvent jouer un rôle précieux dans le renforcement des capacités en SEA des systèmes au niveau local et soutenir des efforts de développement plus cohérents, adaptatifs et fondés sur le contexte.
Si vous souhaitez en savoir plus sur la manière dont le PNUD peut apporter son soutien sur la cartographie participative des systèmes, n'hésitez pas à contacter James Leslie, Responsable du programme global pour les systèmes alimentaires, à l'adresse james.leslie@undp.org